12 semaines

21 Jan

12 semaines.

Oh non, pas le fameux stade si joyeux d’une femme enceinte, non, pas LE moment où on peut se lâcher et annoncer de bonnes nouvelles. Non, 12 semaines d’une gueule de bois.

Pas une liée à un trop plein de fêtes de fin d’année, non, la gueule de bois du réveil PMA.

12 semaines que nous avons décidé de tout arrêter.

Alors, je fais l’écho de ces semaines passées.

Pourquoi la gueule de bois ? Parce que comme un lendemain de fête, on s’est réveillés hagards, sonnés par ces 6 ans pmesques.

Une sensation d’excès, de trop plein. Vous savez, ce moment dans une soirée ou tout bascule, avec ce verre de trop. Ce verre qui rend malade, et qui fait amèrement regretter d’avoir accepté une petite goutte de plus.

On en était la. A ce stade de regret. Enfin moi en tout cas. La der des der, je l’ai faite sans grande conviction, « pour le fun », une sorte de dernier verre pour la route. Le verre si traitre !

Et depuis ? Depuis, je me sens légère, comme soulagée de cette décision ? Libérée, oui.

Cette drôle de sensation, culpabilisante même, m’a fait réfléchir. Pourquoi ? Pourquoi j’ai la sensation d’un coup de respirer, alors que notre décision est tellement dure et pleine de conséquences. Pourquoi je suis soulagée alors que je dois faire le deuil d’un (possible) enfant ? Alors que je devrais être au trente-sixième dessous ?

Je pense qu’en fait, j’avais en quelque sorte perdu la finalité de la PMA.

Au dela de tomber enceinte, le but d’une pmette est bien d’avoir un enfant, on est d’accord ? D’élever un enfant, de vivre au quotidien avec un enfant, de l’intégrer à la famille. Et bêtement, j’avais perdu de vue ce « détail »..Etonnant hein.

Ben pas tant que ça en fait.

Si je retrace mon approche de la maternité cela donne : mère qui n’en est pas vraiment une. Moi ainée d’une trèèèès grande fratrie, qui ait géré les petits tant bien que mal, avec cette frustration de ne pas être à ma place. Ado, je ne me sentais pas une « petite maman ». Je suis partie tôt de chez moi, pour fuir ce rôle qu’on m’avait imposé (entre autres). A l’époque, il ne fallait pas me parler d’avoir des enfants. J’avais élevé mes frangins, j’avais donné pour la cause, je ne serais pas mère.

Puis j’ai rencontré L’HOMME. Celui qui m’a donné envie de fonder un foyer. Enfin l’envie était minuscule, mais quand au premier mois d’essai les règles sont arrivées, j’ai eu mal, très mal. J’ai alors interprété cela comme une VRAIE envie d’enfants, de famille. Les mois suivants ont confirmé cette envie, toujours aussi triste devant mon papier blanc rougi.

Puis sont arrivés les premiers tests qui nous ont confirmé que notre parcours ne serait pas classique. Que l’on aurait besoin d’une aide médicale.

Nous sommes alors rentrés dans le rouleau compresseur de la PMA. Celui qui nous submerge, qui nous fait vivre en apnée. Le roulis constant des montagnes russes, assis dans le wagon du « espoir-désespoir ». Avec cette ultime quête du plus. De la grossesse.

Oui, en fait pendant 6 ans j’ai couru après cette grossesse. Cet état médical qui aurait fait de moi une gagnante. Une femme normale. En tout cas, pas une femme qui selon la sélection génétique est bonne à mourir jeune. J’aurais eu avec ce ticket-grossesse le droit de vivre, tout simplement. Le droit d’être une femme reconnue comme telle dans notre société actuelle, où la démographie est si forte et où une femme doit se reproduire.

Je ne voulais que la grossesse, finalement, rien que la grossesse.

Et je pense que c’est cela qui me soulage. Je me rends compte que non, je ne veux pas être mère, en fait. Je me posais déjà des questions ici à ce sujet il y a quelques mois, mais j’ai enfin ma réponse. Non, je ne veux pas d’un enfant. C’est d’ailleurs surement pour cela que l’adoption ne m’a jamais effleuré.

Cela m’est apparu de façon très claire quand pendant les vacances de Noel, nous avons eu un charmant bambin chez nous quelques jours. Ce petit être, relativement autonome, bien élevé, adorable, a été sous notre responsabilité. Nous l’avons nourri, baigné, écouté, amusé pendant quelques jours. Nous avons vécu de supers moments ensemble, vraiment. Mais j’étais heureuse de rendre cette enfant à ses parents.

Car ces quelques jours n’ont tourné qu’autour d’elle. Mon amoureux et moi n’avons pas été connectés pendant ces jours ci. Pas de moment « freestyle » à gérer notre temps comme il vient. Toujours l’un ou l’autre à surveiller, accompagner, interpeller, nourrir.

Pas toujours d’accord, moi peut être surprotectrice, lui à mon sens trop « cool ». Et ce n’est pas notre enfant ! .. Je me suis dit alors que finalement, le quotidien éducatif aurait été un peu usant, en tout cas conflictuel. Je sais que notre si bel accord à 2, notre complémentarité ne seraient pas sortis indemnes de l’étape « éducation ».

Et je n’avais qu’une hâte, une fois les beaux jours à 3 passés, me retrouver seule avec l’homme que j’aime. Chose impossible ou trop rare lorsqu’on est une famille.

Il m’est alors paru évident qu’un enfant aurait changé ma vie, mais pas forcément dans le bon sens.

Je n’en sais rien finalement, et peut être que cela m’arrange de penser cela, mais en tout cas, je suis vraiment soulagée de ne pas avoir d’enfant.

J’en suis même arrivée à un stade de ma réflexion à me dire que malgré toutes les galères, les sacrifices pour tomber enceinte, si cela m’arrive maintenant naturellement, je ne suis pas sure de vouloir le garder.

Ce constat me fait peur, car quel grand écart quand même entre le « bébé à tout prix » et cette décision. Mais je SAIS maintenant que non, je ne veux pas être mère.

Mais sortie de ces réflexions, le sevrage PMA est quand même compliqué. Je navigue toujours sur vos blogs, pour voir les bonnes (ou moins bonnes) nouvelles, un pied encore dans cet univers qui m’a accompagné si longtemps.

Je reste toujours une pmette qui a un pincement au cœur aux annonces de grossesses.. Je suis toujours meurtrie dans mon corps et dans mon esprit par ces mois d’échecs, les blessures (narcissiques ?) sont toujours la. Mais tout ceci va passer, avec le temps, j’en ai l’intime conviction.

Concernant ce blog… je ne sais quel avenir il aura.

Je le laisse ouvert bien sur, pour des recherches éventuelles, pour des infos toujours bonnes à piocher.

C’est ironique car il ya un an, je me disais qu’il n’y avait que très peu de blog de fin de pma, de l’après. Peu de témoignages de ceux et celles qui sont laissés sur le quai. Mais je comprends. Que dire ?..

Enfin bref, j’étais en PMA

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16 Réponses to “12 semaines”

  1. Life under PMA - Sarahlilou janvier 21, 2015 à 8:33 #

    Je suis désolé pour toi, pour vous, pour cette fin qui n’est pas celle que tu aurait dû écrire …la vie est injuste, après tant d’années de bataille, de claques, de sacrifices, de douleurs, non ce n’est pas juste …Mais si tu as fini par trouver ton équilibre c’est l’essentiel. Je sous souhaite d’être heureux à 2, et le temps vous aidera à tourner définitivement la page de la PMA. Des bisous de réconforts

  2. tallulah94 janvier 21, 2015 à 8:44 #

    Je suis de celles qui ne sont pas resté à quai 12 semaines exactement je m’en rappelle car j’étais à la maternité épuisée et j’ai lu ton article qui m’a bouleversé j’ai pleuré pleuré
    effectivement la société nous veut mère et j’ai eu un réel plaisir à être enceinte de part cette sensation magique de sentir ce petit être et le regard des gens
    j’étais une femme!! Aujourd’hui j’ai du mal à faire le deuil de cette grossesse car je n’ai plus que des kgs en trop et aucun regard admiratif
    je confirme que l’enfant transforme la vie j’aurai jamais cru mais je suis en dépression post partum moi qui rêvait ce bébé je suis déprimé maintenant que j’ai gagné
    et le couple est mis à rude epreuve av le manque de sommeil et le stress
    mais je suis malgré tout comblée car j’aime ma fille comme jamais j’aurais pensé
    soyez heureux à 2

  3. damelapin janvier 21, 2015 à 9:27 #

    Un très beau post, sur une reflexion réfléchie. Tu sais l’important c’est d’être heureuse, là, maintenant. Et c’est tout ce que je te souhaite

  4. laqueteduplus janvier 21, 2015 à 9:44 #

    Comme le dit damelapin, l’important c’est d’être heureux là et maintenant !! Et si le bonheur est d’être deux et pas trois et bien qu’il en soit ainsi, peu importe le poids de la société! Je trouve que c’est une belle conclusion, tu as su prendre le recul nécessaire et dire après tant d’années de combat qu’en fait tu sais maintenant que tu seras heureuse comme ça, c’est très courageux et très honnête. Tu as compris qu’un enfant aurait peut-être détruit ton couple alors il vaut mieux vivre heureux en couple que malheureux en famille! Je vous souhaite plein de bonheur

  5. monpetitoeuf janvier 21, 2015 à 12:41 #

    Après tout on peut être heureux à 1,2 , 3 ou plus …… et malheureux à 1, 2, 3 ou plus …. L’essentiel est de trouver son propre équilibre. je t’embrasse fort et te souhaite d’être épanouie avec ton chéri loin de cette fichue PMA qui t’à pris tellement d’énergie.

  6. Carotte janvier 21, 2015 à 1:02 #

    Il me touche ton article et avant toute chose parce qu’il est profondement honnete et courageux. Mais aussi parce qu’il m’est arrive de ressentir la meme chose. Ce qui est essentiel c’est qu’a tes yeux tu sois a ta place meme si nous faisons helas partie de celles qui n’ont pas eu le choix. Mais au dela de la maternite je crois que c’est le lot quotidien de tous. Ta difference? Aimer ce que tu as et le valoriser. Bravo pour cette reflexion et ce recul…

  7. mimiattend janvier 21, 2015 à 2:59 #

    Merci pour ta sincérité.

  8. tallulah94 janvier 21, 2015 à 4:16 #

    ça me fait penser à ma soeur l’ainée d’une fratrie de 4 elle s’est occupé de nous et on a été vache avec elle du coup elle a longtemps eu le même discours

  9. etvouscestpourquand janvier 21, 2015 à 4:57 #

    L’important c’est de trouver l’équilibre pour être heureux que ça soit à 2 ou plusieurs….

  10. artemise janvier 21, 2015 à 4:59 #

    Tout la question est là, que dire ?
    Qu’après la PMA, la vie continue… Et j’oserais presque dire commence enfin car après toutes ces années d’attente la vie a été quelque peu mise en pause. J’espère lire la suite de tes aventures où qu’elle te mène et que nous serrons plus nombreuses à oser parler de l’après PMA sans disparaitre de la toile. Je t’embrasse

  11. boupe janvier 21, 2015 à 8:01 #

    Ton article me touche énormément, je me sens vraiment concernée…
    En effet, à force de se battre, je crois qu’on finit par oublier pourquoi on fait tout ça et surtout à s oublier soi même et ce n’est pas du tout anodin.
    Prends soin de toi quoi qu’il se passe et sois heureuse, c’est tout ce qui compte.
    Bisous

  12. Lulu janvier 21, 2015 à 9:48 #

    Merci de te livrer ainsi. Quel cheminement. Je vous souhaite d’être heureux.

  13. marivalou janvier 22, 2015 à 6:58 #

    Ton article touche je pense plus d’une d’entre nous. L’essentiel est que tu arrives à trouver le bonheur avec ou sans enfant. Et tu as l’air sur le bon chemin. Bravo pour parvenir à trouver le bonheur dans ce que tu as, c’est une force de caractère indeniable. Et merci pour ton temoignage, si précieux.

  14. Plume février 27, 2015 à 3:09 #

    Comme quoi, il t’as peut-être fallu ce combat de 6 ans en PMA pour comprendre que tu ne souhaitais pas être mère. Si tu avais été hyper fertile peut-être effectivement aurais-tu regretté d’avoir fait un gosse pour faire comme tout le monde. Et oui, c’est vrai, faire un gosse ça use aussi le couple sur le côté éducation avec les conflits qui vont avec. Les mecs sont toujours trop coolants en ce qui concerne la sécurité ou l’hygiène… Et ce n’est qu’un tout petit aspect de ce qui peut « séparer » le couple. Un enfant renvoie forcément à sa propre enfance et à ses valeurs par forcément partagés par le conjoint. Après, je dirais qu’on se débrouille bien avec ça au final. On arrive à trouver un terrain d’entente. Ce qui est positif dans ton billet (même si je mesure l’effet gueule de bois) c’est que tu sembles sur la bonne voie pour trouver ton bonheur et ton équilibre. Et puis bichonner occasionnellement les gosses des autres c’est avoir que les côtés positifs des mômes (les avoir en vacances sans les tracas de l’éducation et de la vie quotidienne), et puis c’est cool de pouvoir les rendre pour retrouver en couple à nouveau. Et pour le blog, ben tu verras… En tout cas, demeure le témoignage de ton parcours qui permettra peut-être à une PMEtte de se sentir moins seule en lisant tes billets.

  15. Diane mars 8, 2015 à 8:15 #

    Pfiou… De retour sur la planète blogs PMA, je fais le tour, prends des nouvelles… et tombe sur ce billet. Très bien écrit, mais qui me serre le coeur. Comme tu l’écris très justement, il y a très peu de blogs « après PMA ». Il y a celles qui bifurquent vers l’adoption, celles qui laissent leur blog ouvert mais ne postent plus, celles qui le ferment. La parenthèse est difficile à refermer, après tant d’années dans ce parcours. Parce que oui, certaines d’entre nous ne deviennent jamais mère. Et la vie ne s’arrête pas pour autant, on n’est pas « moins femme » parce qu’on n’a pas porté un enfant, la vie continue, et peut être tout aussi belle, riche et pleine de promesses. C’est en tout cas tout ce que je te souhaite. Je t’embrasse.

  16. bland mars 11, 2015 à 7:59 #

    Merci pour ton blog. Il me reflète tout a fait. Pour moi aussi le chemin de la PMA s’arrete la. Je t’embrasse et te dis a bientot, pour continuer a te suivre….

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